Neuroscience cognitives

12 juillet 2013 Par

Neuroscience cognitives

Allons-nous vers une neuropsychanalyse?[1]

Il fut un temps – pas si lointain- où il était impossible de concevoir que la psychanalyse et les neurosciences soient complémentaires et puissent être utilisées conjointement[2] : aujourd’hui des recherches pluri- et inter- disciplinaires esquissent ce qui pourrait constituer une nouvelle approche – plus globale, plus complexe – de l’être humain, de ses pathologies mentales, des substrats biologiques et des dysfonctionnements anatomiques

Récemment dans un ouvrage collectif intitulé  » Vers une neuropsychanalyse  » , une vingtaine de pédopsychiatres, psychiatres, psychanalystes, médecins, et quelques neurobiologistes, livrent leurs réflexions sur les possibles interfaces entre les neurosciences et la psychanalyse.

Controverses, débats mais aussi rapprochements jalonnent le champ (de bataille…) de la   » neuropsychanalyse »[3]….

Face à face …

Dans son article très éclairant intitulé ;  » Psychanalyse et neurosciences, le grand écart « [4], Jean-François Marmion résume la situation« Nous nous saluons, mais nous ne nous parlons pas », écrivait Voltaire pour résumer ses relations avec Dieu. Cette sentence peut s’appliquer à la psychanalyse et aux neurosciences, deux disciplines aux antipodes (et encore ne se saluent-elles pas toujours !). Pour simplifier, la psychanalyse écoute l’être humain, les neurosciences fouillent ses réseaux de neurones ».

Les arguments qui favorisent le dualisme psychanalyse/neurosciences sont souvent les mêmes: la psychanalyse et la psychologie ne sont guère pris au sérieux par les scientistes tandis que les « psy » reprochent aux neurosciences de renouveler les erreurs passées qui ont fait émerger des interprétations anatomiques erronées ( rappelons nous la phrénologie, la « bosse des maths »)

Puisque les neurosciences tentent d’expliquer les comportements humains en termes de phénomènes biologiques, les psychanalystes accusent les neuroscientifiques de réductionnisme biologique et de « déni de la vie psychique »

C’est qu’explique très bien Jean-Benjamin Stora :  » Malgré les avancées considérables dans l’exploration du cerveau, nombre de psychanalystes considèrent à ce jour que la connaissance de l’esprit humain est hors de portée de la science. De leur côté, beaucoup de neurobiologistes cantonnent la psychanalyse au rang de discipline surannée. »[5]

 

ou côte-à-côte?

Pourtant, depuis une trentaine d’années, des psychanalystes et des neuroscientifiques essaient de faire converger leurs connaissances afin d’appréhender les relations entre la vie psychique et le système neuronal.

Aujourd’hui, neurobiologistes, neuropsychologues, psychanalystes établissent des passerelles entre leurs disciplines, recherchent des champs de rencontre.

 

Le point de rencontre qui semble être le plus fréquent(é) se situe autour de la notion de plasticité cérébrale[6]

C’est ainsi que François Ansermet et Pierre Magistretti  Ansermet , dans « A chacun son cerveau » [7], estiment que ce sont les mécanismes de plasticité neuronale grâce auxquels le cerveau reste ouvert au changement et modulable par l’expérience: ils  décrivent la plasticité neuronale, c’est-à-dire la capacité que les neurones ont de modifier leurs connections suite à l’expérience vécue, et la considèrent comme le point de rencontre entre deux disciplines que tout sépare à priori, comme les neurosciences et la psychanalyse.

Grâce à la plasticité cérébrale[8], le cerveau semble être en capacité de restructurer l’organisation de ses réseaux de neurones en fonction des expériences vécues par l’organisme (l’un des exemples les plus édifiants pourrait être celui de Jill Bolte- voir notre article « .Jill Bolte Taylor , neuro-anatomiste victime d’un accident cérébral raconte ses incroyables découvertes  » ).

Le cerveau est, d’après les dernières études, capables de remodeler ses connexions en fonction de facteurs environnementaux et contextuels : car les réseaux associatifs liant les neurones, hautement complexes, semblent évoluer tout au long de la vie.

Selon Ansermet et Magistretti, le lien entre l’expérience et les états somatiques révèle un lien entre la biologie et la métapsychologie: «les concepts psychanalytiques d’inconscient et de pulsion se trouvent ainsi avoir une résonance biologique».

 

Jacques Boulanger [9]rappelle que Freud était neurologue de formation :  » Avant de créer la psychanalyse, il tenta, en écrivant un essai resté longtemps inconnu (L’Esquisse d’une psychologie scientifique, 1895), de concevoir un modèle de fonctionnement mental appuyé sur la neurophysiologie de son époque. Faute des concepts et des outils d’exploration modernes maintenant utilisés pour rendre compte de ce fonctionnement (les théories de l’information, les neurosciences, le cognitivisme, la neuro-imagerie), il abandonna ce projet expérimental et se tourna vers la clinique de l’hystérie, du traumatisme, du sexuel, avec le génie que l’on sait. » Et avec les errances reconnues aujourd’hui …

 

Convergences en France

En France, des praticiens essaient d’enrichir leur savoir-faire et leurs connaissances de l’esprit en faisant converger neurosciences, thérapies , psychanalyse et psychiatrie.

Citons Daniel Widlöcher , Jean Benjamin Stora et Gérard Pommier

Le Pr. Daniel Widlöcher[10] , psychiatre et psychanalyste, est l’un de ceux qui cherchent à installer un dialogue fructueux entre ces disciplines habituellement fermées les unes aux autres.

Selon lui, « Psychanalyse et sciences cognitives ont tout à gagner à collaborer« [11], et à la question «  Quel regard portez-vous sur la psychanalyse en France, en ce début de xxie siècle ? » , il répond :  » Au niveau des pratiques, la psychanalyse reste une armature incontournable du cadre thérapeutique, et conserve donc une place dans le domaine du soin. Mais la psychiatrie et le champ du soin évoluent; d’autres psychothérapies, notamment cognitivo-comportementales, sont apparues, la chimiothérapie se développe. La psychanalyse ne peut plus poser les problèmes du soin dans les mêmes termes qu’il y a trente ou cinquante ans, elle doit s’adapter à ces changements, ce qui suppose tout une série de questions pratiques à l’ordre du jour. »

Dans l’ouvrage collectif qu’il a co-dirigé  » Vers une neuropsychanalyse ? », il tente de rapprocher psychanalyse et neurosciences et de définir les enjeux d’un tel rapprochement, que ce soit sur un plan épistémologique ou pragmatique.

 

Jean Benjamin Stora[12] : psychosomaticien et psychanalyste, conteste la dualité corps/psychisme au profit de ce qu’il appelle « l’unité psychosomatique humaine » et déclare que : « Nous ne pouvons pas penser le fait psychique en ignorant les neurosciences. »

Il conduit donc des recherches reliant neurosciences, psychanalyse et psychosomatique, persuadé que la psychanalyse gagne à s’enrichir des données produites par les techniques d’imagerie médicales. A l’inverse, il est également convaincu que de nombreux tâtonnements pourraient être évités aux neuroscientifiques avec l’appui de la psychanalyse qui bénéficie, elle, de l’expérience du fonctionnement psychique accumulée depuis un siècle.[13]

Gérard Pommier[14] ; psychiatre et psychanalyste, met en exergue l’importance d’une lecture psychanalytique du fonctionnement cérébral. Par ailleurs, il avance que les neurosciences confirment dans leur domaine (l’étude du cerveau) et suivant leurs méthodes (IRM, scanner…) les intuitions et les démonstrations cliniques de la psychanalyse.

 

En guise de conclusion

Les recherches sur le cerveau ont beaucoup progressé ces dernières années : psychanalyse, neuropyschologie, sciences cognitives et aujourd’hui neuroscience cognitives, ont participé à ces bouleversements de notre connaissance…

Les champs disciplinaires peuvent donc envisager de s’allier afin de mieux comprendre le cerveau, qui n’est pas ni un pur support anatomique et somatique ni une psyché ex nihilo…

 

Sources

http://www.larecherche.fr/savoirs/dossier/psychanalyste-face-aux-neurosciences-01-05-2000-77117

http://www.implications-philosophiques.org/recherches/lhomme-psychique-ou-neuronal/les-neurosciences-une-position-reductionniste/

http://www.cairn.info/la-neuro-psychanalyse–9782130558682-page-5.htm

http://fr.wikipedia.org/wiki/Neuropsychanalyse

http://www.carnetpsy.com/Library/Applications/Article.aspx?cpaId=289

http://www.scienceshumaines.com/vers-une-neuropsychanalyse_fr_24533.html

http://le-cercle-psy.scienceshumaines.com/neuropsychanalyse-controverses-et-dialogues_sh_28040

 

A écouter / à voir

Daniel Widlöcher intervient dans une émission de France Culture : http://www.franceculture.fr/emission-avec-ou-sans-rendez-vous-la-neuropsychanalyse-2011-02-08.html

http://onlyzentv.blogspot.fr/2010/12/neurosciences-et-psychanalyse.html  =  (Colloque neurosciences et psychanalyse, 27 mai 2008 – « Neurosciences et psychanalyse : une rencontre autour de l’émergence de la singularité » – Organisé par Pierre Magistretti au Collège de France – 58 minutes )

http://www.psynem.org/Rubriques/Pedopsychiatrie_neurosciences/Dossiers/Daniel_Widlocher/Clinique_psychanalytique_anomalies ( vidéo -   5 minutes)

 

 

Pour aller plus loin

Un psychanalyste face aux neurosciences   :  http://www.larecherche.fr/savoirs/dossier/psychanalyste-face-aux-neurosciences-01-05-2000-77117

http://neuropsychanalyse.net/2012/11/

http://www.intellectica.org/SiteArchives/archives/n36_37/2.Jean%20Luc%20Petit.pdf

http://www.jacquesboulanger.com/Jacques_BOULANGER/Psychanalyse_et_neurosciences.html

La neuropsychanalyse, un « faux-nez » pour la psychanalyse ? (http://www.pseudo-sciences.org/spip.php?article1547 )

http://www.cairn.info/la-neuro-psychanalyse–9782130558682-page-5.htm



[1] Référence à l’ouvrage collectif  « Vers une neuropsychanalyse » Lisa Ouss, Bernard Golse, Nicolas Georgieff et Daniel Widlöcher (dirs.), Odile Jacob, 2009

[2] Même si – il faut le rappeler, Freud lui-même avait posé les bases de cette convergence mais avait dû abandonner ce projet, même si le dialogue entre n’ a jamais vraiment été rompu

[3] Cet article ne pourrait être exhaustif ; nous présentons les grands axes et les problématiques actuelles –  en fin de page, des liens vers des articles de revues spécialisées ou d’auteurs (rubrique  » pour aller plus loin »)

[4] http://www.scienceshumaines.com/psychanalyse-et-neurosciences-le-grand-ecart_fr_22485.html

[5] http://le-cercle-psy.scienceshumaines.com/neuropsychanalyse-controverses-et-dialogues_sh_28040

[6] Déf : Capacité du cerveau à modifier l’organisation de ses réseaux de neurones en fonction des expériences vécues par l’organisme.

[7] éditions Odile Jacob

[8] Longtemps, les scientifiques ont cru que le cerveau, une fois mature, se caractérisait par la stabilité de ses connexions, jugées immuables. Depuis une trentaine d’années, cette vision de la structure et du fonctionnement cérébral a volé en éclats.

[9]http://www.jacquesboulanger.com/Jacques_BOULANGER/Psychanalyse_et_neurosciences.html : psychiatre, psychanalyste et formateur à Toulouse

[10] ancien chef du département de psychiatrie de l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière, professeur émérite, Université Pierre et Marie Curie – Paris 6, membre et ancien président de l’Association psychanalytique de France, ancien président de l’Association psychanalytique internationale.

[11] Titre d’une interview donné au magazine  Sciences Humaines

[12] Psychanalyste et psychosomaticien, il a été président de la Société française de médecine psychosomatique et est actuellement consultant au CHU la Pitié-Salpêtrière, à Paris, où il dirige le diplôme universitaire de psychosomatique.

[13] Lire http://le-cercle-psy.scienceshumaines.com/neuropsychanalyse-controverses-et-dialogues_sh_28040

[14] Psychiatre et psychanalyste, professeur de psychopathologie à l’université de Strasbourg, membre de Espace analytique, directeur de la revue La Clinique lacanienne et cofondateur de la Fondation européenne pour la psychanalyse.

 

Geneviève SCHMIT & Olivier ROMUALD

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2 Commentaires

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  1. Brunner

    J’aimerais impérativement pouvoir m’imprégner de vos conseil à tous moments….seulement je suis un dinosaure en informatique!!!!!!
    Sur et certaine que je trouverais à me renforcer à vos côtes et ceux des proches… suisse

    • Bonjour ,
      Je viens de vous envoyé un mail.
      Je me suis permise d’enlever votre numéro de téléphone afin que vous ne soyez pas importunée par des personnes malveillantes.
      Courage! Geneviève SCHMIT