Les pervers narcissiques sont à la mode. Témoignages de victimes, analyses de psys… on ne compte plus les articles qui relatent les méfaits de ces « vampires de l’âme ». Peu de papiers cependant parlent de l’après, lorsque la rupture est consommée, et pour cause : il est extrêmement difficile de quitter ces manipulateurs.

« Le pervers narcissique s’attaque à des personnes ayant une faible estime d’elles-mêmes. À la recherche d’un protecteur, celles-ci vont projeter leurs fantasmes sur leur futur bourreau, qui va se faire une joie d’incarner ce qu’elles attendent. Ensuite, le piège se referme », introduit Geneviève Schmit, coach spécialisée dans l’aide aux victimes de violences psychologiques. Lorsque ces victimes parviennent à échapper à leur bourreau, l’enfer continue… autrement. « Les deux années qui ont suivi ma rupture ont été épouvantables. Mon ex a tout fait pour se venger », témoigne Valérie (1), 45 ans. Menaces sur son lieu de travail, site Internet supprimé, comptes en banque vidés, clients subitement aux abonnés absents : monsieur n’a pas lésiné sur les moyens pour la punir.

« Un pré-adolescent dans un corps d’adulte »

Loin de s’en étonner, Geneviève Schmit commente : « Le pervers narcissique est un pré-adolescent dans un corps d’adulte. Il a donc le pouvoir de nuisance d’un adulte. Pour lui, l’autre n’existe que pour le « servir ». La victime qui rompt le lien commet dès lors un crime de lèse-majesté impardonnable. À partir de là, tous les coups sont permis. » Ce qui a sauvé Valérie ? Son psy. « Il m’a fait comprendre que je devais couper toute forme de communication avec mon ex », se souvient-elle.

Cette solution, assez efficace, n’a malheureusement fonctionné qu’un temps. « Comme il n’avait plus de prise sur moi, il s’est souvenu qu’il était papa. Du jour au lendemain, il s’est intéressé à nos trois enfants dans le but de m’atteindre », soupire Valérie. Une situation que Nadia (1) connaît parfaitement. « Comme je suis très entourée et autonome financièrement, mon ex s’est attaqué à moi par l’intermédiaire de la personne la plus importante de ma vie : notre fille », raconte cette jolie quadra. Trois ans après leur divorce, elle a déjà vu huit juges aux affaires familiales et va bientôt passer devant un juge pour enfants. Procédurier à souhait, l’homme dont elle était jadis éprise multiplie les rendez-vous judiciaires pour la faire payer, dans tous les sens du terme. « Chaque année, je dépense entre 2000 et 5000 euros en frais de procédure ! Du coup, je n’ai plus un sou de côté. Le pire, c’est qu’il vient encore de gagner en obtenant une diminution du montant de sa pension alimentaire ! s’agace Nadia. Je ne comprends pas que la justice soit aussi aveugle. »

Le prix de la tranquillité

« La justice est aveugle car elle se fait manipuler », répond Mary Plard. Cette avocate spécialisée en droit de la famille explique qu’en entretenant volontairement le trouble, le pervers narcissique altère la conviction du juge. « Pour rétablir la vérité, le juge va faire exactement ce qu’attend le manipulateur : mandater des expertises et des enquêtes sociales », précise-t-elle. S’ils adorent la justice, qu’ils instrumentalisent allègrement, ces tristes sires respectent en revanche les ordonnances à la lettre, réputation oblige. « Les décisions judiciaires m’ont beaucoup aidée car ce sont des outils non manipulables. Mon ex sait que s’il outrepasse ses droits, la justice le sanctionnera et son image s’écroulera. Un pervers narcissique se moque de tout, sauf de lui-même », confirme Valérie. La solution ? « Les prendre à leur propre jeu, quitte à aller sur le terrain de la flatterie mais surtout pas sur celui du conflit, dans lequel ils excellent », répond Mary Plard. Habituée à traiter ce genre de dossiers, cette avocate préconise de négocier avec le pervers narcissique tout en lui donnant l’impression qu’il a gagné. « Céder sur le terrain de l’argent et/ou accepter une blessure d’amour propre sont souvent le prix de la tranquillité », affirme-t-elle.

Aide précieuse, la justice est cependant souvent insuffisante pour reprendre sa vie en main. « Après avoir coupé les ponts et mis en place les procédures nécessaires, la victime d’un pervers narcissique doit impérativement tirer les leçons de son expérience pour ne pas répéter le même schéma et ne pas hésiter à se faire aider par un spécialiste », insiste Geneviève Schmit. Et les enfants dans tout ça ? « Il faut contrebalancer le lavage de cerveau qu’ils subissent en leur rappelant simplement les faits, sans jamais chercher à dramatiser. L’idée n’est pas de protéger l’image du terroriste ; il faut simplement dire les choses telles qu’elles sont », conclut-elle… en connaissance de cause.

(1) Les prénoms ont été changés