Comprendre l’emprise perverse.

Qu’est ce que l’emprise perverse?

Emprise perverseL’emprise psychologique est un vampirisme du quotidien, une appropriation totalitaire de l’individu ou du groupe de personnes concernées. L’emprise perverse est un système de domination psychologique mis en place par une personne ou une organisation sur une autre personne ou un groupe de personnes par des techniques de manipulation mentale. Elle a pour unique objectif de satisfaire les propres besoins de l’individu manipulateur, au détriment de sa ou ses proies. On peut se retrouver sous l’emprise d’un parent, d’un conjoint, d’un individu ayant autorité, d’un ami, d’une organisation, d’une idéologie…, bref, de qui ou de quoi que ce soit. On peut « mettre sous emprise », comme le fait le pervers narcissique, ou « être sous emprise », comme l’est sa victime.

Dans le cas de la victime du manipulateur pervers, l’état d’emprise perverse est une « dépendance affective » tellement puissante qu’il est légitime de la comparer à celle que l’on pourrait ressentir lors d’une addiction à une drogue dure telle que la cocaïne. Il est donc utile d’aborder les mécanismes d’« addiction » et de « sevrage » lorsque l’on parle de ce phénomène.

Comment est la personne sous emprise?

Une personne piégée par la puissance de la dépendance affective perverse n’existe plus en tant que telle. Elle appartient à l’autre, et sa vie n’aura de sens que si elle vient le satisfaire.

Une personne sous emprise ne pense plus par elle-même et recherche constamment l’appui ou l’aval de l’autre, que ce soit le pervers narcissique lui-même, le père, l’avocat, le psy, la police… C’est comme si elle était coupée de son raisonnement personnel. Elle devient alors la hantise des proches, des avocats par exemple qui sont submergés par les demandes constantes, les copies d’échanges, et croulent, s’épuisent sous la masse de mails et de textos qui affluent jour et nuit. La victime en ressort toujours désarçonnée, perdant confiance dans son conseil, qu’elle ne peut tout simplement pas écouter. La victime veut convaincre son avocat de l’horreur vécue, alors que le rôle de l’avocat est de chercher à « prouver » des « faits ». Les objectifs ne sont pas les mêmes, et ne peuvent aboutir à un apaisement sans que la victime trouve les moyens de se recentrer sur l’essentiel et le possible. C’est là qu’un accompagnement psychologique compétent a toute son importance.

Emprise et désespoir

Une victime non avisée de ce qu’est le phénomène d’emprise perverse peut avoir l’impression d’être dans une voie sans issue, une impasse psychique et relationnelle. Cette impasse pourrait la pousser à désirer la mort, perçue alors comme seule échappatoire à la folie et la souffrance. En effet, l’emprise perverse rend la personne sous influence totalement tributaire de l’autre qui devient alors, pour elle, un maître à penser et à agir, comme pourrait l’être un gourou. Cette situation la met dans un état comparable à celui d’une transe hypnotique permanente.

Et la loi?

Le droit pénal français reconnaît la provocation au suicide : « le fait de provoquer au suicide d’autrui est puni de trois ans d’emprisonnement et de 45 000 euros d’amende lorsque la provocation a été suivie du suicide ou d’une tentative de suicide » (Code pénal, section 6, article 223-13). Encore faut-il le prouver…

Emprise ou amour?

Cet état de transe est difficile à comprendre par les victimes elles-mêmes, qui confondent « emprise » et « amour ». N’oublions jamais que nous ne sommes pas conçus pour souffrir et que l’amour, le vrai, ne doit jamais être souffrance ! Lorsqu’il y a un tel tourment, ce n’est jamais de l’amour mais uniquement de la dépendance affective à une emprise perverse.

Les personnes sous emprise perverse parlent souvent en termes de « besoin » pour exprimer la nécessité impérieuse qu’elles ressentent d’être en contact avec l’autre. C’est comme si elles avaient besoin de leur dose afin d’apaiser l’angoisse, et c’est réellement ce qui se passe. Les proies sous emprise perverse sont dépossédées de leurs potentiels intellectuel et émotionnel. À partir de là, elles deviennent incapables de prendre une décision rationnelle et surtout personnelle.

Au-delà de l’amour, il y a la dépendance affective : sans lui, sans l’autre, la proie pense ne plus exister.

Une fois que la victime d’une
emprise perverse a compris qu’elle n’est pas reliée à l’autre par un sentiment
d’amour, mais qu’elle se trouve piégée dans une relation de dépendance
affective puissante, d’addiction hautement toxique, elle se heurte la plupart
du temps à l’incompréhension de son entourage, ainsi qu’à celle des
institutions censées l’aider. Ces aléas la rendent doublement victime.

La réalité addictive de l’emprise perverse doit impérativement être comprise et acceptée afin de pouvoir entamer un programme de sevrage et de libération efficace.

Dans ce travail de réflexion, je parle plus particulièrement des liens pervers dans la sphère familiale ou personnelle, puisque c’est mon domaine d’expertise. Il n’en reste pas moins vrai que le mécanisme de base reste semblable pour des liens de dépendance toxiques dans les milieux professionnel ou même social.

Extrait du livre de Geneviève SCHMIT
– Modèle d’identification du pervers narcissique –

Modèle d'identification du Pervers narcissique. Comment le reconnaître. édition Grancher - 2020 - Geneviève SCHMITmars 2020