Être rayé de la vie de ses petits-enfants

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Grands-parents privés de leurs petits-enfants : une blessure que le temps n’efface pas, parfois jusqu’à la mort

Être rayé de la vie de ses petits-enfants

Des grands-parents aimants, imparfaits comme tout être humain, portant le poids de leur propre histoire, se voient parfois soudainement privés de leurs petits-enfants à la suite d’une décision unilatérale de leurs enfants devenus adultes. Une rupture brutale, souvent sans véritable dialogue, qui les laisse sidérés, culpabilisés et profondément démunis.

Ils ne comprennent pas toujours ce qui leur est reproché. Ils cherchent en eux une faute qui justifierait une telle sanction. Ils redoutent de réagir, de peur d’aggraver la situation et de perdre définitivement le lien. Cette souffrance est puissante, destructrice, silencieuse, rarement reconnue, souvent minimisée.

Il est cependant indispensable de poser un cadre clair. Tous les grands-parents ne sont pas bienveillants. Certains ont pu être violents, intrusifs, manipulateurs pervers ou toxiques. Dans ces situations, la mise à distance peut constituer une mesure de protection légitime. Il ne s’agit en aucun cas de nier ces réalités.

Mais en dehors de ces cas, il existe une autre configuration, plus diffuse et moins visible, où la rupture intergénérationnelle ne relève ni de la protection ni d’un danger avéré, mais d’un déplacement de conflit ou d’une dynamique relationnelle plus complexe.

Cette souffrance n’entre pas dans les catégories classiques de la violence conjugale ou intrafamiliale. Elle ne mobilise pas les institutions. Elle se vit dans le silence des maisons devenues trop grandes, des fêtes sans voix d’enfant, des photos que l’on n’ose plus regarder.

Une mutation sociologique profonde

Nos sociétés ont profondément évolué. L’éclatement géographique des familles est devenu la norme. Les enfants adultes s’installent loin, parfois à l’étranger. La mobilité professionnelle est valorisée, la continuité territoriale n’est plus un impératif. Selon les travaux du sociologue François de Singly, la famille contemporaine est marquée par une valorisation de l’autonomie individuelle et de la construction de soi, parfois au détriment des solidarités intergénérationnelles.

Irène Théry, dans ses analyses sur les transformations du lien familial, souligne que la filiation ne se vit plus uniquement comme une transmission verticale mais comme un lien à redéfinir, négocier, voire interrompre.

Dans ce contexte, la rupture intergénérationnelle devient plus facile. Elle est socialement pensable. Elle peut même être valorisée et présentée comme un acte d’affirmation personnelle.

Mais derrière cette liberté nouvelle se cache parfois un mécanisme plus complexe.

Le bouc émissaire générationnel

En dehors des situations réellement abusives, il arrive que les enfants adultes projettent sur leurs parents leurs propres conflits internes, leurs frustrations, leurs échecs ou leurs choix difficiles. Couper le lien devient alors une manière de déplacer leurs propres parts de responsabilité.

Plutôt que d’assumer une décision conjugale, éducative ou existentielle, il est tellement plus simple de désigner un responsable extérieur. Les parents âgés deviennent alors les supports d’une accusation globale. Ils sont décrits comme envahissants, inadéquats, nuisibles, exerçant du chantage affectif, parfois sans que les faits objectivables ne correspondent à la gravité de la sanction relationnelle infligée.

Dans ces configurations, les grands-parents, souvent porteurs d’une génération où l’autorité parentale était moins discutée, culpabilisent facilement. Ils doutent. Ils se remettent en question. Ils craignent, à juste titre bien souvent, que toute contestation aggrave la rupture. Ils se taisent pour ne pas “perdre définitivement” le lien avec leurs petits-enfants.

Ce silence les enferme dans une position de bouc émissaire. Ils portent la faute supposée des névroses non résolues de leurs enfants devenus adultes. Et leur capacité de défense est limitée par l’amour qu’ils continuent d’éprouver pour eux.

Une souffrance spécifique

La privation de petits-enfants ne se résume pas à une frustration affective. Elle touche à l’identité dans sa globalité.

Devenir grand-parent représente pour beaucoup l’entrée dans une nouvelle étape existentielle. C’est la transmission, la continuité, la preuve que la vie se prolonge au-delà de soi, mais aussi l’impression de laisser une trace de son passage sur cette terre, d’inscrire son histoire dans une mémoire qui nous survivra. Lorsque ce lien est rompu, c’est toute une représentation de soi qui s’effondre.

Les témoignages cliniques montrent des états dépressifs réactionnels, des troubles anxieux, un sentiment d’humiliation et d’injustice. Une douleur devenue insupportable et amplifiée par l’incompréhension. “Je ne comprends pas ce que j’ai fait.” Cette phrase revient fréquemment.

À cela s’ajoute parfois la honte sociale. La société valorise la grand-parentalité investie, présente, joyeuse. Ne plus voir ses petits-enfants est vécu comme un échec personnel, alors même que la décision ne vient pas d’eux.

À cette blessure s’ajoute souvent une autre, plus intime encore : celle d’avoir le sentiment que les sacrifices consentis autrefois, en quantité et dans le silence, sont effacés d’un trait implacable. Les nuits écourtées, les renoncements professionnels, les inquiétudes portées seuls, les efforts financiers, les compromis répétés, les tentatives constantes d’offrir à ces enfants la meilleure sécurité possible dans un environnement parfois incertain, tout cela semble soudain vain, disqualifié.

Comme si l’engagement de toute une vie parentale pouvait être résumé à une « faute », réelle ou supposée, ou même réduit à une caricature. Cette impression n’efface pas seulement le présent, elle altère le sens même du passé et vient parfois obscurcir toute projection vers l’avenir, comme si la continuité s’était brutalement interrompue.

Le bannissement agit alors comme une négation rétroactive de l’engagement parental passé. Non seulement le lien présent est rompu, mais le passé lui-même paraît invalidé. Cette impression d’effacement symbolique est d’une violence particulière, insupportable. Elle ne conteste pas seulement une relation actuelle, elle atteint la valeur même de ce qui a été offert durant tant d’années.

Le gâchis pour les enfants

Au-delà de la souffrance des aînés, la rupture intergénérationnelle constitue une amputation symbolique pour les petits-enfants.

La psychologie du développement reconnaît l’importance des figures d’attachement élargies. Les grands-parents représentent une mémoire vivante. Ils transmettent une histoire familiale, des récits, des valeurs, des repères identitaires.

Savoir d’où l’on vient participe à la construction de savoir où l’on va. L’enfant se construit dans une continuité narrative. Il a besoin d’inscrire son existence dans une histoire qui le précède, de comprendre les filiations, les trajectoires, les épreuves traversées avant lui. Cette connaissance n’est pas un luxe affectif, elle contribue à la stabilité psychique et au sentiment d’appartenance.

Boris Cyrulnik a souligné à plusieurs reprises que l’enfant se construit aussi à travers la narration de son histoire et l’inscription dans une lignée. Être privé d’une branche de son arbre généalogique, sans explication nuancée, fragilise la continuité narrative de soi.

Lorsque la rupture est accompagnée d’un discours dévalorisant à l’égard des grands-parents, l’enfant peut être placé dans une loyauté forcée. Il apprend que l’amour est conditionnel, qu’il faut choisir un camp. Ce mécanisme compromet la cohérence identitaire de l’enfant et inscrit en lui une conflictualité intérieure persistante.

Le chantage affectif utilisant les petits-enfants

Dans certaines situations, la mise à distance des grands-parents devient un levier de pression. L’accès aux enfants est conditionné au silence, à l’acceptation de certaines décisions, à une soumission mentale, morale.

Cette instrumentalisation du lien générationnel constitue une violence relationnelle subtile. Elle ne laisse pas de traces visibles, mais elle produit des effets profonds.

Les grands-parents se retrouvent pris dans un dilemme impossible. Se taire pour préserver un espoir de contact, ou protester et risquer la rupture totale.

Le droit et ses limites

En France, l’article 371-4 du Code civil dispose que « l’enfant a le droit d’entretenir des relations personnelles avec ses ascendants ». Ce texte reconnaît juridiquement l’importance du lien intergénérationnel.

Cependant, la mise en œuvre judiciaire de ce droit est complexe, longue et souvent douloureuse. Elle transforme une relation affective en contentieux. Elle place l’enfant au cœur d’un conflit institutionnalisé.

À cela s’ajoute une donnée rarement évoquée : la question du temps.

Pour des parents encore jeunes, en pleine activité, la rupture peut sembler réversible. Le temps leur paraît extensible. Ils peuvent se dire qu’ils verront plus tard, que les choses s’apaiseront, que les années ne changent rien d’essentiel. Une forme d’illusion, parfois inconsciente, d’immortalité psychique les protège encore de l’idée de finitude.

Pour un grand-parent vieillissant, parfois fragilisé par la maladie, la fatigue, le désespoir, le temps n’a pas la même texture. Chaque année compte. Chaque Noël manqué, chaque anniversaire sans présence réelle est vécu comme une portion de vie irrécupérable. La justice, avec ses délais, ses expertises et ses reports, ne tient pas compte de cette asymétrie temporelle.

Engager une procédure peut prendre plusieurs années. Or certaines personnes âgées n’en disposent plus et ne disposent plus de cette énergie. Ce décalage crée une violence silencieuse supplémentaire. Ce qui est perçu par les uns comme un conflit relationnel temporaire peut être, pour les autres, une perte définitive.

Le droit peut reconnaître un principe. Il ne peut suspendre l’usure du temps ni restituer les années qui s’écoulent inexorablement dans le sablier de la vie.

Surtout, une question demeure. Peut-on contraindre l’amour par décision de justice ? Peut-on forcer un lien à se vivre ?

Le droit peut encadrer, protéger, rappeler un principe. Il ne peut créer l’affection ni réparer la confiance.

La responsabilité collective

La multiplication de ces ruptures intergénérationnelles interroge notre modèle social. L’individualisme contemporain, la valorisation de l’autonomie radicale, la facilité de la coupure numérique et géographique fragilisent la continuité des liens.

Il ne s’agit pas de prôner un retour à une famille nucléaire, fusionnelle ou hiérarchique. Il s’agit de rappeler que la liberté relationnelle s’accompagne d’une responsabilité individuelle, et que toute décision de rupture engage bien au-delà de soi.

Couper un parent de ses petits-enfants n’est jamais un acte neutre. Il engage les générations futures, bien au-delà de soi. Il redessine une mémoire familiale blessée, parfois fracturée. Il produit des atteintes qui dépassent l’instant et peuvent s’inscrire durablement dans la trame psychique et relationnelle des générations.

Dans une société où la longévité augmente et où la solitude des personnes âgées devient un enjeu majeur, ignorer cette souffrance revient à entériner m’appauvrissement du lien.

Il nous appartient collectivement de redonner de la valeur à la transmission, à la nuance, au dialogue intergénérationnel. De distinguer les situations réellement dangereuses de celles où la rupture sert de solution rapide à des conflits internes non résolus.

La souffrance des grands-parents privés de leurs petits-enfants n’est pas seulement une affaire privée. Elle révèle quelque chose de notre époque, où la victimisation et le narcissisme peuvent parfois être érigés en valeur sociale. Elle met en lumière une difficulté croissante à tolérer l’imperfection des liens, à accepter la complexité des histoires familiales. Elle traduit aussi une tentation de l’effacement rapide plutôt que du travail relationnel, du dialogue et de la nuance.

Reconnaître cette souffrance, la nommer, l’écouter sans la caricaturer, constitue déjà un premier pas vers une responsabilité plus consciente.

L’amour générationnel ne peut être imposé. Mais il peut être honoré, protégé, et transmis.

Je vous adresse ma compassion et mon respect. Mettre des mots sur cette réalité est déjà une manière de rompre le silence.

Si vous le souhaitez, vous pouvez partager votre témoignage en commentaire.

Geneviève Schmit – Février 2026

FAQ

Dans certaines familles, le lien entre grands-parents et petits-enfants peut être brutalement interrompu à la suite d’un conflit familial. Cette rupture survient le plus souvent lors d’une séparation conjugale, d’un divorce ou d’une tension importante entre les parents et leurs propres parents.

Dans ces situations, les grands-parents peuvent parfois devenir les victimes collatérales d’un conflit qui ne les concerne pas directement. Ils peuvent être accusés de manipulation, d’ingérence ou de comportements jugés toxiques, accusations qui servent parfois à justifier la coupure du lien avec les enfants.

Il arrive également que les grands-parents soient utilisés comme boucs émissaires dans des conflits conjugaux ou familiaux plus larges. Leur présence rappelle l’histoire familiale, les tensions anciennes ou les désaccords éducatifs, ce qui peut conduire certains parents à décider de les écarter de la vie des enfants.

Dans d’autres cas, la rupture peut aussi être liée à des incompréhensions, à des blessures relationnelles accumulées ou à des divergences profondes de valeurs. Quelle qu’en soit la cause, cette mise à l’écart est souvent vécue par les grands-parents comme une exclusion brutale et extrêmement douloureuse, car elle rompt un lien affectif important avec leurs petits-enfants.

Il est important de préciser que certaines situations peuvent également concerner de véritables comportements problématiques de la part de grands-parents. Cependant, dans de nombreux cas, la rupture du lien relève surtout de dynamiques familiales conflictuelles où les enfants deviennent, malgré eux, les enjeux d’un conflit entre adultes.

Source juridique principale
Code civil français, article 371-4, qui rappelle que l’enfant a le droit d’entretenir des relations personnelles avec ses ascendants, sauf si cela est contraire à son intérêt.
https://www.legifrance.gouv.fr/codes/article_lc/LEGIARTI000006426463/

La règle des 3 C peut être utilisée comme un repère simple pour les grands-parents qui souhaitent préserver, ou tenter de reconstruire, un lien avec leurs petits-enfants dans un contexte de conflit familial. Elle repose sur trois axes : le comportement, les conditions et les critères. Cette approche permet de garder une attitude constructive, même lorsque la situation implique une séparation, un divorce ou un passage devant le juge aux affaires familiales.

Comportement
Le premier C concerne le comportement des grands-parents face au conflit. Dans un contexte de séparations ou de divorce, les tensions entre parents peuvent facilement entraîner les grands-parents dans le conflit conjugal. Il est alors essentiel d’éviter toute attitude qui pourrait être interprétée comme du harcèlement, du harcèlement moral ou une tentative d’emprise. Les grands-parents doivent rester dans une posture d’empathie et de retenue, même lorsque la culpabilité ou l’isolement deviennent difficiles à supporter.

Il est généralement conseillé d’éviter de critiquer le conjoint de son enfant ou de parler de « mon ex » devant les petits-enfants lorsque le couple parental traverse une rupture. Dans certaines situations, les grands-parents peuvent être accusés d’être manipulateurs, voire manipulatrices, ou de vouloir culpabiliser un parent. Adopter un comportement mesuré permet de réduire le risque d’être présenté comme un agresseur ou un bourreau dans le conflit familial. L’objectif est de ne jamais placer l’enfant dans une position de proie émotionnelle entre des adultes en conflit.

Conditions
Le deuxième C concerne les conditions dans lesquelles un lien peut être maintenu ou restauré avec les petits-enfants. En droit français, l’article 371-4 du Code civil indique que l’enfant a le droit d’entretenir des relations personnelles avec ses ascendants, sauf si cela est contraire à son intérêt. Dans les situations conflictuelles, ces relations peuvent être organisées par le juge aux affaires familiales du tribunal judiciaire, anciennement tribunal de grande instance.

Le juge peut alors fixer un droit de visite pour les grands-parents, notamment lorsque la garde d’enfants devient un enjeu dans un conflit conjugal ou après un divorce. Il peut aussi encourager une médiation familiale avec un médiateur afin de tenter de rétablir un dialogue entre les parents et les grands-parents. Cette médiation familiale est parfois proposée avant toute procédure judiciaire, y compris dans les séparations ou divorces par consentement mutuel.

Dans certains cas, la rupture familiale peut être liée à des accusations graves, par exemple des accusations de comportement sexuel inapproprié, de harcèlement ou de manipulation. Lorsque de telles accusations apparaissent, il peut être nécessaire de consulter un professionnel, comme un psychiatre ou un psychanalyste, afin d’évaluer la situation de manière objective. Dans les situations les plus graves, certaines personnes peuvent décider de porter plainte.

Critères
Le troisième C concerne les critères qui permettent d’évaluer si le maintien du lien avec les grands-parents est réellement bénéfique pour l’enfant. Les juges aux affaires familiales s’appuient principalement sur l’intérêt de l’enfant. Ils examinent la qualité du lien affectif, la stabilité émotionnelle de l’environnement familial et l’absence de comportements dangereux ou abusifs.

Le juge peut également prendre en compte le contexte conjugal, les tensions entre parents, les accusations d’emprise ou de manipulation, ainsi que les éventuels signes de harcèlement ou de pressions psychologiques. Les critères peuvent aussi inclure la capacité des grands-parents à respecter la place des parents dans l’éducation de l’enfant, sans s’immiscer dans les décisions concernant la garde d’enfants, la pension alimentaire ou les choix éducatifs.

Dans les situations où les conflits familiaux deviennent très intenses, certains spécialistes issus de la psychologie ou d’une approche psychanalytique soulignent que les dynamiques de culpabilité, d’instinct de protection et de rivalités inconscientes peuvent transformer un conflit familial en véritable lutte de pouvoir. Dans ces cas, la médiation familiale reste souvent l’une des voies les plus constructives pour tenter de sortir d’un rapport bourreau-proie et restaurer un dialogue mutuel.

Sources
Code civil, article 371-4, relations entre l’enfant et ses ascendants. Légifrance.
https://www.legifrance.gouv.fr/codes/article_lc/LEGIARTI000006426463

Ministère de la Justice, La médiation familiale.
https://www.justice.fr/themes/mediation-familiale

Service Public, Divorce et rôle du juge aux affaires familiales.
https://www.service-public.fr/particuliers/vosdroits/N159

Lorsque des parents séparés, mariés, pacsés ou en cours de procédure de divorce décident d’empêcher les grands-parents de voir leurs petits-enfants, la situation est souvent extrêmement douloureuse. Elle apparaît fréquemment dans des contextes de séparation, de divorce ou de rupture conjugale où les tensions de la vie de couple se prolongent dans les relations familiales élargies.

Dans certains cas, les grands-parents se retrouvent pris au cœur d’un conflit matrimonial entre un fils et sa conjointe, ou entre une fille et son conjoint. Il arrive que les enfants soient instrumentalisés dans ce conflit, notamment lorsque la résidence des enfants, la garde alternée ou la résidence alternée deviennent des enjeux majeurs. Les grands-parents peuvent alors être accusés de manipulation, voire de perversion ou de perversion narcissique, accusations qui servent parfois à justifier leur exclusion.

Lorsque les parents sont séparés, la situation peut être encore plus complexe. Un parent peut chercher à protéger l’enfant d’une relation toxique perçue, tandis que l’autre peut accuser la famille de vouloir exercer une influence sur l’éducation des enfants. Dans ces contextes, les grands-parents peuvent avoir le sentiment d’être manipulés ou de devenir victimes d’un conflit qui ne les concerne pas directement.

La première étape consiste généralement à tenter une démarche amiable. Une discussion calme, une tentative de conciliation ou une médiation familiale avec un médiateur peuvent parfois permettre de rétablir le dialogue. Cette voie amiable est souvent privilégiée avant toute procédure judiciaire, notamment lorsque les parents sont encore en procédure de divorce, en séparation de corps ou dans un conflit lié à l’exercice de l’autorité parentale.

Si aucune solution amiable n’est possible, les grands-parents peuvent saisir le juge aux affaires familiales (JAF). En droit français, l’article 371-4 du Code civil précise que l’enfant a le droit d’entretenir des relations personnelles avec ses ascendants, sauf si cela est contraire à son intérêt. Le juge des affaires familiales peut alors décider d’un droit de visite et d’hébergement pour les grands-parents, même lorsque les parents s’y opposent.

Le juge examine alors plusieurs éléments : l’intérêt du mineur, la qualité du lien affectif avec les grands-parents, le contexte familial et les éventuelles accusations portées contre eux. Il peut également prendre en compte la situation globale de la famille, par exemple une procédure de divorce, un conflit conjugal ou les tensions liées à la résidence des enfants.

Dans certaines situations, les accusations de manipulation ou de perversion peuvent être utilisées dans le conflit familial. Il est alors important de rester mesuré et de ne pas entrer dans une logique de contre-manipulation. Les spécialistes des dynamiques familiales soulignent que les conflits prolongés peuvent créer des positions de victime, d’accusé ou de bouc émissaire, qui compliquent encore davantage la relation.

Lorsqu’une procédure judiciaire est engagée, il peut être utile de consulter un avocat spécialisé en droit de la famille. Si les ressources financières sont limitées, une aide juridictionnelle peut parfois être accordée afin de permettre l’accès à la justice.

Dans tous les cas, la priorité du juge reste toujours la protection du mineur et son équilibre émotionnel. L’objectif n’est pas de trancher un conflit entre adultes, mais de déterminer si le maintien d’un lien entre l’enfant et ses grands-parents est bénéfique pour lui.

Sources
Code civil, article 371-4, relations entre l’enfant et ses ascendants. Légifrance.
https://www.legifrance.gouv.fr/codes/article_lc/LEGIARTI000006426463

Ministère de la Justice, Le juge aux affaires familiales.
https://www.justice.fr/themes/juge-aux-affaires-familiales

Service Public, L’aide juridictionnelle.
https://www.service-public.fr/particuliers/vosdroits/F18074

Les spécialistes des relations familiales distinguent souvent plusieurs styles de grands-parents selon leur manière d’entrer en relation avec leurs petits-enfants et avec les parents. Ces styles deviennent particulièrement visibles lorsque la famille traverse des séparations, un divorce, un litige familial ou une procédure civile impliquant les enfants mineurs.

  1. Le grand-parent soutenant
    C’est le style le plus équilibré. Le grand-parent soutenant respecte la vie commune des parents, leur autorité et leurs choix concernant l’éducation des enfants. Même lorsque les parents divorcent ou sont séparés, il évite de prendre parti dans le conflit conjugal. Cette attitude facilite le maintien du lien avec les petits-enfants, même en cas de garde alternée ou de résidence habituelle fixée par le juge des affaires familiales.

  2. Le grand-parent impliqué
    Ce grand-parent participe activement à la vie familiale. Il aide les parents dans l’organisation quotidienne, garde parfois les enfants mineurs et apporte un soutien pratique ou affectif. Cette implication peut être très positive, mais elle doit rester mesurée afin de ne pas empiéter sur l’autorité parentale, notamment lorsque les parents traversent une procédure de divorce ou une séparation.

  3. Le grand-parent distant
    Certains grands-parents entretiennent une relation plus ponctuelle avec leurs petits-enfants. Cette distance peut être liée à l’éloignement géographique, à une nouvelle vie après un divorce, un pacs ou une recomposition familiale. La relation reste alors affectueuse mais moins présente dans le quotidien des enfants.

  4. Le grand-parent intrusif
    Dans ce cas, le grand-parent intervient fortement dans les décisions familiales. Il peut contester les choix éducatifs ou s’immiscer dans la vie conjugale de son enfant et de son conjoint. Dans des contextes déjà fragiles, par exemple lors de procédures de divorce, d’une altération définitive du lien conjugal ou d’un litige familial, cette attitude peut accentuer les tensions et conduire à des conflits autour de la résidence des enfants.

  5. Le grand-parent médiateur
    Certaines personnes jouent un rôle de stabilisation dans la famille. Le grand-parent médiateur tente d’apaiser les tensions entre parents séparés, en privilégiant le dialogue et la conciliation. Cette posture peut être particulièrement utile dans des situations complexes impliquant des juges, des magistrats ou des décisions concernant les modalités d’exercice de l’autorité parentale.

Quel que soit le style, la priorité reste toujours l’intérêt des enfants. Les juridictions familiales rappellent que le maintien du lien avec les grands-parents peut être bénéfique pour l’enfant, à condition que cette relation ne soit pas source de conflit supplémentaire.

Source
Code civil, article 371-4, relations entre l’enfant et ses ascendants.
https://www.legifrance.gouv.fr/codes/article_lc/LEGIARTI000006426463/

Lorsque la rupture du mariage, un divorce, une séparation ou un conflit autour de la garde d’enfant entraîne une coupure avec les petits-enfants, il peut être utile de chercher des aides extérieures. Selon la situation, plusieurs pistes existent : une médiation familiale pour tenter une solution amiable, des conseils juridiques pour comprendre une procédure de divorce ou une décision concernant la résidence des enfants, ou encore la possibilité de saisir le juge aux affaires familiales lorsque le lien avec un enfant mineur est rompu.

Dans certains cas, une enquête sociale ou une décision du magistrat peut intervenir afin d’évaluer l’intérêt supérieur de l’enfant, notamment lorsque les parents sont divorcés, engagés dans une demande de divorce, ou en litige concernant le droit de garde.

Au-delà des démarches juridiques, il peut aussi être utile de prendre du recul sur la dynamique familiale et les mécanismes relationnels en jeu. Un accompagnement professionnel peut aider à comprendre la situation et à envisager les options possibles.

Si vous vous reconnaissez dans ces situations, vous pouvez également prendre rendez-vous pour en parler et analyser votre situation personnelle. Une première consultation permet souvent d’y voir plus clair et d’explorer les différentes pistes, qu’elles soient familiales, relationnelles ou juridiques.

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Genevieve Schmit

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