Quand un enfant adulte vous rejette : la blessure dont les parents parlent si peu

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Le deuil d’un enfant vivant : une souffrance parentale encore mal connue

Quand sons enfant adulte vous rejette: La blessure dont les parents parlent si peu. Geneviève SCHMIT

On parle beaucoup, et à juste titre, des blessures que les parents peuvent laisser à leurs enfants.

Mais beaucoup moins de celles que certains enfants, devenus adultes, peuvent infliger à leur mère ou à leur père.

Dès que cette réalité est évoquée, elle dérange. Comme si reconnaître la souffrance d’un parent revenait forcément à nier celle de l’enfant. Comme s’il fallait choisir : l’enfant victime ou le parent coupable.

Pourtant, les deux réalités peuvent exister.

Un enfant peut avoir été blessé par son histoire familiale et, devenu adulte, être lui-même responsable de comportements profondément blessants. Reconnaître cette responsabilité ne nie en rien ce qu’il a vécu.

Quand une mère devient une étrangère pour son propre enfant

Une mère, ou un père, peut avoir consacré une immense partie de sa vie à son enfant.

Elle peut l’avoir porté, protégé, élevé parfois seule. Avoir travaillé, tenu bon, renoncé à beaucoup. Avoir connu cette peur viscérale qu’il lui arrive quelque chose.

Elle peut même lui avoir sauvé la vie.

Une fois.

Deux fois.

Et il est possible qu’il ne le sache jamais vraiment.

Elle n’a pourtant jamais fait les comptes.

Elle n’attendait pas qu’on lui rembourse ses nuits blanches, ses inquiétudes ou ses sacrifices.

Elle était simplement sa mère.

Puis l’enfant grandit.

Il devient un homme ou une femme.

Et parfois, un jour, cette mère découvre qu’elle n’a plus de place dans sa vie.

Plus d’appels.

Plus de rencontres.

Parfois plus de petits-enfants.

Parfois même plus aucune possibilité de parler ou de donner sa propre version de l’histoire.

Et il arrive que le rejet aille encore plus loin.

Dans mon histoire personnelle, les mots ont été : « un danger pour sa famille ».

Il faut mesurer ce que cette phrase peut représenter pour une mère.

Passer de celle qui protégeait à celle dont il faudrait désormais se protéger.

De celle qui aurait donné sa vie à celle que l’on désigne comme une menace.

En vidéo : quand une mère devient « un danger pour sa famille »

Dans cette vidéo, je parle de cette blessure particulière : celle d’un parent qui continue d’aimer un enfant adulte qui l’a pourtant rejeté, parfois jusqu’à le considérer comme une menace.

J’y évoque aussi ce deuil étrange d’un enfant toujours vivant, l’absence, le temps qui passe, les petits-enfants que l’on ne voit plus, et cette silhouette de son enfant devenu adulte dans laquelle on continue parfois à reconnaître une part de soi.

Si vous vous reconnaissez dans ces mots, dites-moi dans les commentaires ce qui vous fait le plus souffrir aujourd’hui. Votre témoignage pourra aussi aider d’autres parents à se sentir moins seuls.

Le deuil d’un enfant qui est toujours vivant

C’est une forme de deuil très particulière.

Parce que l’enfant n’est pas mort.

Il est quelque part.

Il travaille peut-être, rit, aime, regarde ses propres enfants grandir.

Et pendant ce temps, sa mère vieillit sans lui.

Elle n’entend plus sa voix.

Elle ne connaît plus sa vie.

Elle ne voit plus ses petits-enfants.

Elle ne voit parfois même plus cette silhouette devenue adulte qui lui ressemble pourtant tellement.

Une démarche, un regard, un sourire, une façon de bouger.

Ces fragments presque imperceptibles de soi que l’on reconnaît dans son enfant et qui, pour une mère, peuvent être bouleversants.

Puis un jour, cette silhouette aussi disparaît de son quotidien.

Elle ne reste plus que dans les souvenirs.

Quand on vieillit, le temps ne signifie plus la même chose

C’est peut-être ce que les enfants adultes mesurent le moins.

À trente ans, cinq années peuvent sembler longues mais récupérables.

Lorsque l’on vieillit, on sait qu’elles ne le sont pas toujours.

Les petits-enfants grandissent. Les anniversaires passent. Les Noël ne se rejouent pas.

Les photographies qui n’ont pas été prises n’existeront jamais.

Et certaines conversations remises à plus tard risquent de ne jamais avoir lieu.

Le temps perdu ne revient pas.

Un parent n’a pas besoin d’avoir été parfaite pour avoir le droit de souffrir

Aucune mère n’est parfaite.

J’ai fait des erreurs.

Comme toutes les mères.

J’ai certainement parfois mal compris, mal parlé, trop protégé ou insuffisamment écouté.

Mais une vie de mère ne se résume pas à ses erreurs.

Elle est aussi faite de milliers de gestes dont personne ne se souvient.

Des nuits à veiller.

Des peurs gardées pour soi.

Des renoncements silencieux.

Des bras tendus.

Et parfois d’un amour qui continue, même lorsque l’enfant a fermé la porte.

C’est peut-être cela qui est le plus difficile :

continuer d’aimer celui ou celle qui ne veut plus de vous.

Continuer à se demander s’il va bien.

Continuer à reconnaître son enfant dans l’adulte qui, lui, ne veut plus vous reconnaître comme son parent.

Il faudrait aussi pouvoir parler de cette souffrance

Reconnaître la souffrance des parents ne retire rien à celle des enfants.

Il existe des parents violents ou destructeurs. Il existe des enfants adultes qui doivent prendre leurs distances pour se protéger.

Mais il existe également des mères et des pères profondément meurtris par une rupture, parfois sans dialogue, sans possibilité de comprendre ni de réparer.

Cette réalité mérite elle aussi d’être entendue.

J’en parle dans la vidéo que j’ai intégrée à cet article.

Si vous vivez cette situation, je vous invite aussi à partager votre ressenti dans les commentaires sous la vidéo.

Qu’est-ce qui vous fait le plus souffrir ?

Le silence ?

L’absence de votre enfant ?

La perte du lien avec vos petits-enfants ?

L’incompréhension ?

Ou cette impression terrible de manquer de temps pour espérer encore une réconciliation ?

Vos témoignages peuvent permettre à d’autres parents de se sentir moins seuls.

Et si vous avez besoin d’aller plus loin, de mettre des mots sur ce que vous traversez, de comprendre ce qui s’est joué ou simplement d’être entendu sans être immédiatement culpabilisé, je peux aussi vous accompagner dans le cadre de consultations.

Parce que parfois, avant même de trouver une solution, il est essentiel que cette douleur puisse enfin être reconnue.

Témoignage

Bonjour Geneviève,

J’ai tellement plaisir à vous écouter. Je me sens enrobée de tendresse avec vous, tandis que mon fils aîné, comme ma mère, me vouent une haine féroce depuis toujours.

Je ne verrai plus non plus mes trois petits-enfants. Cette perversion dans la famille continue à se perpétuer.

J’ai aussi mon fils cadet, qui vient me voir de temps en temps. Il a réussi à se sortir de ce chaos familial, et je fais toujours de mon mieux pour le soutenir, être toujours présente pour lui.

J’ai 65 ans et je vous ai déjà écrit. Je suis admirative de ce que vous nous transmettez : une bienveillance infinie, une douceur même dans la douleur. Je me sens plus légère en vous écoutant.

La lecture aussi m’a beaucoup aidée à revivre. Il y a bien sûr beaucoup de séquelles, mais je m’exerce toujours dans la droiture et l’espoir.

L’espoir d’un mieux. L’espoir tenace de réussir à vivre et à sourire.

Un grand merci à vous, Geneviève.

Bien à vous.
septembre 2026

FAQ

Le rejet d’un parent par un enfant adulte peut avoir de nombreuses causes : blessures anciennes, conflits non résolus, incompréhensions répétées, influence d’un conjoint ou de l’entourage, besoin de prise de distance, dynamique familiale ancienne ou perception devenue très négative du parent.

Dans certaines situations, la rupture peut être nécessaire pour se protéger d’une relation réellement toxique ou violente. Mais dans d’autres, le rejet s’installe sans véritable dialogue, avec une lecture très unilatérale de l’histoire familiale et parfois une impossibilité pour le parent d’exprimer son propre vécu.

Il est donc important d’éviter les conclusions simplistes : un enfant adulte qui coupe le lien n’est pas forcément victime d’un parent maltraitant, pas plus qu’un parent rejeté n’est forcément innocent de toute erreur. Chaque histoire doit être comprise dans sa complexité.

Cette rupture peut provoquer chez le parent une souffrance très profonde, particulièrement lorsqu’il vieillit, ne voit plus ses petits-enfants et a le sentiment que le temps disponible pour renouer le lien se réduit.

Oui. Dans certaines situations, un enfant adulte peut progressivement tomber sous l’emprise d’un conjoint, d’un proche ou d’une personne toxique qui exerce une forte influence sur lui. Cette relation peut reposer sur la séduction, la culpabilité, les mensonges, le harcèlement moral ou une manipulation répétée destinée à maintenir son emprise.

La personne manipulatrice peut chercher à faire passer le parent pour une victime « dangereuse », toxique ou fautive, tandis qu’elle-même se présente comme la véritable victime. Ce renversement des rôles est fréquent dans certaines relations toxiques ou dans des fonctionnements relevant de la perversion narcissique : le bourreau peut passer pour une victime et culpabiliser celui qui tente de remettre en question le récit imposé.

L’enfant peut alors être manipulé au point de reprendre à son compte des accusations, de perdre progressivement son empathie envers son parent ou de considérer toute tentative de dialogue comme une agression. Il peut devenir très difficile pour lui de percevoir qu’il est victime d’une manipulation ou qu’une autre personne a une emprise sur ses décisions.

Il faut cependant rester prudent : toute rupture familiale ne signifie pas qu’un enfant est sous l’emprise d’un manipulateur narcissique. Chaque situation doit être analysée dans son contexte. Lorsque l’emprise est réelle, sortir de l’emprise ou s’en défaire demande souvent du temps, car la personne manipulée doit pouvoir retrouver une pensée autonome sans être directement confrontée ou culpabilisée.

Certains rejets familiaux peuvent s’inscrire dans une dynamique de manipulation émotionnelle. Une personne qui sait manipuler peut progressivement avoir une emprise sur l’enfant adulte, exploiter une faille narcissique, jouer sur la culpabilité, les mensonges ou les conflits anciens, et finir par faire passer le parent pour une victime « dangereuse » ou au contraire pour le bourreau.

Dans ce type de jeu pervers, la personne manipulatrice peut se présenter elle-même comme victime, chercher à faire passer les autres pour des victimes, ou pousser l’enfant à considérer son parent comme toxique, instable ou malveillant. Dans les situations les plus extrêmes, le parent peut même être amené à se sentir « fou » ou à passer pour folle lorsqu’il tente de défendre sa propre version des faits.

Il peut être difficile de démasquer un comportement manipulateur, car l’emprise repose rarement sur une seule action. Elle s’installe souvent par petites touches : séduction, dévalorisation, isolement, culpabilisation, manipulation émotionnelle, réécriture des événements et contrôle du récit.

Cela ne signifie pas que toute rupture est due à un homme manipulateur, une femme manipulatrice ou à un fonctionnement narcissique. Mais lorsqu’une personne veut manipuler et parvient à maintenir son emprise, l’enfant peut devenir une proie relationnelle sans en avoir conscience.

Se défaire de l’emprise ou échapper à son emprise demande généralement du temps. La contre-manipulation ou l’affrontement direct sont rarement suffisants. L’objectif est plutôt d’aider la personne à retrouver sa capacité de réflexion, son autonomie émotionnelle et un regard critique sur la relation.

Dans les situations complexes, un accompagnement psychologique peut aider à comprendre le mécanisme d’emprise, les conséquences perverses du lien et les moyens de se libérer progressivement de cette dynamique

Une emprise psychologique s’installe souvent progressivement. Elle peut passer par le chantage émotionnel, la culpabilisation, les reproches répétés, le fait d’être rabaissé, la dévalorisation ou encore le retournement de situation, lorsque la personne parvient à faire porter la faute sur les autres tout en se présentant elle-même comme victime.

Pendant la manipulation, la personne sous emprise peut avoir le sentiment de comprendre ce qui se passe sans parvenir pour autant à s’en dégager. Elle peut commencer à douter de son propre jugement, à culpabiliser, à accepter des comportements qu’elle aurait auparavant refusés ou à devenir plus manipulable émotionnellement.

Certains manipulateurs savent exercer leur emprise en jouant sur l’ego, une blessure narcissique, la peur du conflit ou le besoin d’être aimé. Ils peuvent reprocher à l’autre ce qu’ils font eux-mêmes, rabaisser les autres, utiliser plusieurs types de manipulation ou alterner séduction et rejet. Ce travail de manipulation peut être discret, répété et difficile à identifier lorsqu’on est directement impliqué.

Il faut cependant rester prudent avec les termes comme « être narcissique », « hommes pervers », « esprit pervers » ou « côté pervers ». Faire quelques manipulations ponctuelles ne suffit pas à caractériser une personnalité pathologique. Un psychanalyste, un psychologue ou un psychiatre pourra, selon les situations, aider à distinguer une dynamique relationnelle toxique d’un fonctionnement psychopathologique plus installé.

Lorsqu’une personne échappe à l’emprise ou se dit libérée de l’emprise, elle retrouve progressivement sa capacité de jugement, son estime d’elle-même et sa liberté de décision. Éviter la manipulation, comprendre les mécanismes utilisés et poser des limites sont souvent les premières étapes. Dans certaines situations de domination forte, il peut être nécessaire de prendre rapidement de la distance pour se protéger.

Une personne peut exercer une emprise psychologique sans recourir à des menaces explicites. L’emprise peut s’installer progressivement par le chantage affectif, la culpabilisation, le mensonge, la dévalorisation, l’isolement, la peur de déplaire ou l’exploitation des failles psychologiques de l’autre.

Dans une relation toxique, la personne qui exerce son emprise peut chercher à écraser l’autre, fragiliser son estime de soi, lui faire porter la faute ou imposer sa propre lecture des événements. La victime peut alors douter d’elle-même, se sentir responsable de tout, perdre confiance en son jugement et finir par accepter des comportements qu’elle n’aurait jamais tolérés auparavant.

Certains comportements peuvent évoquer un fonctionnement narcissique, un caractère pervers ou des mécanismes pervers : absence d’empathie, besoin de domination, instrumentalisation d’autrui, chantage, renversement des responsabilités, manipulation affective ou répétition de comportements visant à maintenir le contrôle. Mais être manipulateur ponctuellement ne suffit pas à conclure à une personnalité pathologique, à une « perversité » ou à un trouble narcissique. Ces termes nécessitent de la prudence et, lorsqu’un diagnostic est nécessaire, l’évaluation d’un professionnel compétent, notamment psychiatre ou psychologue.

On peut être victime d’une emprise sans s’en rendre compte immédiatement. Les personnes toxiques ou manipulatrices ne se présentent pas toujours comme telles : certaines savent séduire, rassurer, se montrer irréprochables devant autrui et exercer leur contrôle dans l’intimité.

Sortir d’une relation d’emprise consiste d’abord à retrouver des repères : identifier les mécanismes de manipulation, distinguer ses propres choix de ceux imposés par la peur ou le chantage, reconstruire son estime de soi et réapprendre à faire confiance à son jugement.

Se libérer de l’emprise est souvent un processus progressif. Le premier pas consiste parfois simplement à pouvoir nommer ce qui se passe.

Geneviève Schmit – septembre 2026

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