Après l’emprise : quand la colère vous aide… et quand elle vous enferme
Après une relation avec une personne manipulatrice ou violente, on conseille souvent à la victime de « se calmer », de « tourner la page » ou de « lâcher prise ».
Mais parfois, c’est beaucoup trop tôt.
Dans une relation d’emprise ou de manipulation perverse, la colère n’est pas forcément l’ennemie. Elle peut être une réaction saine, adaptée et même nécessaire. Elle aide à reconnaître l’inacceptable, à retrouver ses limites et à mobiliser l’énergie nécessaire pour agir.
Mais lorsque cette colère s’installe durablement, elle peut à son tour entretenir les ruminations, le stress et le lien psychologique avec l’agresseur.
La colère dit : « Ce qui m’arrive n’est pas acceptable. » Et, après des mois ou des années d’emprise, ce simple constat peut devenir le début du changement.
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Quand la colère ne vient pas
Toutes les victimes ne ressentent pas immédiatement de colère.
Certaines sont tellement épuisées, sidérées, culpabilisées ou habituées à subir qu’elles n’arrivent même plus à se révolter intérieurement.
Elles souffrent. Elles savent parfois parfaitement que la situation est injuste.
Mais elles n’ont plus accès au « non ».
L’absence de colère n’est pas toujours de l’apaisement. Parfois, c’est de l’épuisement.
Les violences conjugales peuvent entraîner des conséquences anxieuses, dépressives et psychotraumatiques importantes, comme le rappelle la Haute Autorité de santé. (Haute Autorité de Santé)
Il ne s’agit donc pas d’apprendre à une victime à être en colère, mais de l’aider à retrouver une capacité fondamentale :
« J’ai le droit de dire que ce que je vis est inacceptable. »
La colère qui réveille
Puis vient parfois ce moment :
« Ça suffit. »
La personne qui expliquait, excusait, pardonnait ou espérait encore retrouve soudain de l’énergie.
La colère peut aider à poser une limite, demander de l’aide, préparer un départ, protéger les enfants ou simplement cesser d’accepter l’inacceptable.
Elle devient alors un moteur.
Mais un moteur n’est pas un conducteur.
Utilisez l’énergie de la colère, sans lui laisser le volant.
La colère qui aide à tenir
Sortir de l’emprise ne fait pas disparaître immédiatement le doute.
La culpabilité revient. Les bons souvenirs aussi. Les promesses, les tentatives de séduction ou de manipulation peuvent fragiliser une décision pourtant nécessaire.
La colère peut alors jouer un autre rôle : « Souviens-toi pourquoi tu as dit non. »
Elle ne déclenche plus forcément l’action. Elle aide à tenir.
La colère peut vous faire sortir de l’emprise. Elle peut aussi vous empêcher d’y retourner.
Quand la colère devient une prison
Mais il arrive un moment où sa fonction change.
La séparation a eu lieu. Les décisions ont été prises. Pourtant, l’autre occupe encore une place immense et illégitime.
On rejoue les scènes. On imagine ce qu’on aurait dû répondre. On cherche toujours à comprendre. On attend qu’il reconnaisse, que les autres comprennent, que les enfants voient, que la justice confirme.
La colère ne conduit plus vers l’action. Elle tourne en boucle.
Les psychologues parlent notamment de ruminations : des pensées répétitives, parfois inconscientes, qui donnent l’impression de chercher une solution alors qu’elles peuvent entretenir la souffrance. Des travaux de l’université de Louvain (UCL) ont notamment étudié leur rôle dans les difficultés de régulation émotionnelle. (UCLouvain)
Le psychotraumatisme peut également maintenir un véritable système d’alarme intérieur, avec hypervigilance, irritabilité, troubles du sommeil ou difficultés de concentration, comme le décrit l’Inserm. (Inserm)
Alors une question mérite d’être posée :
Vous avez quitté cette personne. Mais a-t-elle vraiment quitté votre esprit ?
Lâcher prise ne veut pas dire pardonner
Lâcher prise ne signifie ni oublier, ni minimiser, ni renoncer à ses droits.
Cela signifie autre chose : Ne plus laisser ce que l’autre vous a fait hier décider de votre état intérieur aujourd’hui.
Avoir été victime est une réalité. Ce n’est pas une identité.
Et c’est parfois là que commence la véritable reconstruction.
Quand comprendre ne suffit plus
Respirer, marcher, bouger, détendre le corps, retrouver des activités agréables ou apprendre à interrompre certaines ruminations peuvent aider à faire redescendre l’activation émotionnelle.
Mais cela ne suffit pas toujours.
On peut savoir parfaitement que cette colère ne nous protège plus… et rester incapable de s’en libérer.
Comprendre avec sa tête ne signifie pas toujours que le corps a compris que le danger est terminé.
Lorsque des blessures traumatiques restent actives, les émotions et le système d’alarme peuvent continuer à réagir longtemps après la fin de la relation. (Inserm)
C’est précisément dans ce type de situation que mon travail de psychopraticienne spécialisée dans les relations d’emprise et les violences psychologiques prend tout son sens. L’accompagnement permet de repérer ce qui maintient encore la personne en état d’alerte, de travailler sur les déclencheurs, les souvenirs traumatiques et les réactions émotionnelles qui continuent à s’imposer malgré la séparation.
Lorsque cela est indiqué, l’EMDR facilite le travail sur certains souvenirs ou situations encore fortement chargés émotionnellement, afin qu’ils cessent progressivement de provoquer les mêmes réactions dans le présent.
Comprendre ce qui s’est passé est indispensable. Mais parfois, comprendre ne suffit plus : il faut aussi aider le cerveau et le corps à enregistrer que le danger est terminé.
La colère peut vous aider à sortir de l’emprise. Mais il ne faut pas qu’elle devienne, à son tour, une nouvelle emprise.
Geneviève Schmit – août 2026
Psychopraticienne spécialisée dans l’accompagnement des victimes de violences psychologiques, de manipulation perverse et de contrôle coercitif.
À propos de l’auteure
Geneviève Schmit est psychopraticienne, spécialiste des violences psychologiques, du contrôle coercitif et de l’emprise relationnelle. Depuis plus de 10 ans, elle accompagne des victimes de manipulation, de violences conjugales et intrafamiliales ainsi que des parents et des enfants confrontés à des situations de forte conflictualité. Auteure de plusieurs ouvrages consacrés à ces thématiques, elle consulte exclusivement à distance auprès d’un public francophone.
Vous vous reconnaissez dans cette situation ?
Je propose des consultations à distance pour les victimes de violences psychologiques, d’emprise, de contrôle coercitif et de relations toxiques.
La colère après une relation d’emprise peut être une réaction saine et protectrice : elle aide à reconnaître l’inacceptable, à poser des limites et à sortir de la manipulation. Mais lorsqu’elle persiste après la séparation, tourne en boucle et s’accompagne de ruminations, elle peut aussi traduire des blessures traumatiques encore actives. Le travail thérapeutique permet alors de comprendre ce qui entretient cette colère et d’apprendre progressivement à s’en libérer sans minimiser ce qui a été vécu.
Oui. Chez une personne ayant subi de la manipulation, du harcèlement ou de la maltraitance, la colère peut parfois masquer une souffrance plus profonde : anxiété, culpabilité, sentiment d’impuissance, perte d’estime de soi ou symptômes dépressifs. Lorsque ces réactions deviennent durables et affectent la santé mentale, un accompagnement par un thérapeute ou une psychothérapie peut aider à comprendre ce qui reste traumatisant et à retrouver progressivement davantage de sécurité intérieure.
Après une relation marquée par le harcèlement moral, la manipulation ou des événements traumatisants répétés, certaines personnes décrivent une véritable anesthésie émotionnelle. Elles ne se sentent plus seulement anxieuses ou épuisées : elles ont parfois l’impression de ne plus rien éprouver.
Cette réaction peut constituer une forme d’évitement ou de protection psychique face à une situation trop douloureuse ou trop stressante. Elle ne signifie pas que la personne est indifférente, ni que la souffrance a disparu. Au contraire, elle peut traduire un profond épuisement affectif et psychologique.
Lorsqu’elle persiste ou s’accompagne d’autres symptômes importants, un accompagnement par un thérapeute, un psychothérapeute ou, si nécessaire, un psychiatre peut aider à évaluer la situation et à retrouver progressivement une vie émotionnelle plus libre.
Après une relation d’emprise, certaines victimes restent durablement anxieuses, épuisées ou en état d’alerte. Des symptômes de stress peuvent persister : irritabilité, évitement, troubles du sommeil, sentiment d’incapacité, réactions intenses à certains stimuli ou impression de revivre intérieurement des situations douloureuses.
Lorsque cette symptomatologie s’installe, elle peut s’apparenter à des troubles anxieux ou à un trouble de stress post-traumatique et entraîner une véritable altération du fonctionnement quotidien. Un accompagnement psychothérapeutique adapté peut alors aider à comprendre ces réactions, à réduire leur répétition et à retrouver progressivement un sentiment de sécurité et d’intégrité psychique.
Après des événements traumatiques répétés, certaines victimes continuent à éprouver une colère intense alors même que la relation est terminée. Cette persistance peut être liée à un état de stress prolongé, à des réactions de dissociation, à des cauchemars, à l’isolement ou à une vulnérabilité psychique renforcée par les violences subies.
Lorsque ces réactions deviennent durables, douloureuses ou envahissantes, elles peuvent s’inscrire dans un trouble de stress post-traumatique ou d’autres troubles mentaux nécessitant une évaluation clinique. L’objectif thérapeutique n’est alors pas de supprimer la colère, mais de comprendre ce qui la maintient active et d’aider progressivement la personne à retrouver sécurité intérieure, apaisement et liberté émotionnelle.
Après un évènement traumatique ou une relation d’emprise prolongée, une colère intense peut persister sans être, à elle seule, le signe d’un trouble psychiatrique. Elle devient préoccupante lorsqu’elle est excessive, durable, douloureuse et qu’elle s’accompagne d’états de stress, d’un fonctionnement dépressif, de troubles cognitifs, d’isolement ou d’autres atteintes importantes au quotidien.
Chez certaines personnes souffrant de séquelles traumatiques, cette colère peut s’inscrire dans un trouble de stress post-traumatique ou d’autres troubles psychiques. Une évaluation clinique permet alors de distinguer une réaction encore adaptée d’une souffrance devenue pathologique et d’orienter vers une prise en charge thérapeutique appropriée.
Après avoir vécu un traumatisme ou une relation d’emprise, certaines personnes restent durablement centrées sur la colère, l’injustice et la répétition du vécu douloureux. Cette colère chronique peut entretenir un état de stress, des ruminations obsessionnelles, de l’insomnie ou un fonctionnement anxieux, sans pour autant relever nécessairement d’un diagnostic psychiatrique.
Le problème apparaît lorsque cette colère devient une manière presque exclusive de penser l’après-emprise et qu’elle est constamment réactivée au contact d’autres victimes : chacun confirme à l’autre que l’apaisement serait une faiblesse, que tourner la page serait trahir ce qui a été vécu, ou qu’il faudrait rester mobilisé contre l’agresseur indéfiniment.
Une victime peut alors, sans en avoir conscience, maintenir une autre victime dans l’état émotionnel dont elle-même n’arrive plus à sortir.
Le travail thérapeutique ne consiste pas à nier l’injustice ni à imposer le pardon. Il vise à sortir progressivement de cette répétition, à retrouver une pensée plus souple et à faire en sorte que le traumatisme cesse d’organiser toute la vie psychique.
Après un vécu traumatique prolongé, certaines victimes finissent par ne plus seulement dire : « J’ai souffert », mais par se définir presque entièrement à travers ce qu’elles ont subi. La colère, la peur, la méfiance ou les ruminations deviennent alors si présentes qu’elles organisent durablement la manière de penser, de ressentir et d’entrer en relation avec les autres.
Cette identification à la souffrance n’est pas forcément consciente et ne signifie pas que la personne « choisit » de rester victime. Elle peut s’installer progressivement, surtout lorsque le traumatisme a été précoce, répété ou particulièrement douloureux, et s’accompagner d’un fonctionnement anxieux, de pensées obsessionnelles ou d’un sentiment que la guérison ferait perdre une part de soi.
Avoir vécu un traumatisme fait partie de l’histoire d’une personne. Cela ne devrait pas devenir toute son identité.
Le travail thérapeutique vise justement à permettre que le vécu traumatique reste reconnu, sans continuer à gouverner toute la vie psychique, affective et comportementale.
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Bonsoir Stéphanie, J'ai répondu assez longuement à cette question dans votre autre commentaire, juste au-dessus. Pour résumer en quelques mots,…