Dynamique relationnelle

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La dynamique relationnelle complexe entre un pervers narcissique et sa proie

Dynamique relationnelle entre le pervers narcissique et sa proie - Geneviève SCHMIT

« Ce n’est pas moi qui ai un problème, c’est lui! »

Voilà la manifestation de joie que j’entends en consultation ou lis régulièrement sur les forums dédiés aux victimes de manipulateurs pervers narcissiques, hommes ou femmes.

Mais, toutes ces victimes ont-elles raison ?

Au risque de déplaire, ma réponse est non. Ou plus précisément, c’est oui et c’est non…

Oui, « l’autre » désigné comme manipulateur pervers narcissique a très certainement un gros problème, et, s’il est effectivement MPN[1], il ne pourra modifier cette réalité. Mais la victime a également un problème, et de taille : sa dépendance affective. Elle se débat de manière inconsciente avec la peur du rejet, de l’abandon, de la solitude qui programme son cerveau à mettre en place toute les stratégies possibles pour éviter de se confronter à ses failles… Et c’est là le drame.

Effectivement, la proie qui s’est enlisée dans le piège du pervers narcissique ne l’a pas été pour rien. Ce n’est pas par hasard qu’elle a été choisie pour proie, et c’est encore moins par hasard qu’elle a tenté de créer un lien privilégié avec cet individu, qui peut être un homme ou une femme, répétons-le une dernière fois. Ce n’est pas par hasard qu’elle l’a choisi comme partenaire, comme complice.
C’est la victime elle-même, par ses attentes, par son fonctionnement, par ses espoirs et ses désespoirs, qui tisse la nasse dans laquelle elle va s’enfermer. Mais, dieu merci, à l’inverse du pervers narcissique dont le fonctionnement est permanent, la victime, quant à elle, peut évoluer dans le sens d’une plus grande autonomie et liberté.

Pour pouvoir évoluer dans cette direction, il faut des capacités dont sont démunis les manipulateurs pervers narcissiques:

  • La capacité de réaliser qu’il y a un problème.
  • La volonté de se renseigner sur son fonctionnement.
  • Celle d’accepter sa part de responsabilité dans ce jeu pervers.
  • La volonté farouche de sortir de ce système pervers et mortel.
  • L’humilité d’accueillir ses propres limites, failles et faiblesses.
  • Le courage d’avancer un pas à la fois.
  • La force de modifier ses propres schémas psychologiques par un travail personnel qui visera à établir le marchepied vital : une bonne confiance en soi, une bonne image de soi et une bonne gestion émotionnelle.

J’entends souvent à ce moment précis : « C’est lui le malade mais c’est moi qui doit me soigner et entreprendre un travail avec un thérapeute ! Ce n’est pas juste! »

En réalité si, c’est juste! C’est même probablement une chance unique pour la victime qui atteint ce cheminement de réflexion, de comprendre, ce qui, en elle, a rendu cette situation dramatique possible.  A partir de là, elle peut modifier ce qui doit l’être afin de ne pas répéter encore et toujours les même situations, parfois même de génération en génération, aussi bien dans son cadre familial, que dans celui du travail ou de l’environnement social. Au-delà du bénéfice personnel indéniable, ce travail, incité par la compréhension de la dynamique relationnelle perverse, sera également un bel héritage à offrir à ses propres enfants et à son entourage.

Quelle est donc cette dynamique relationnelle dans laquelle la victime joue un rôle aussi essentiel que celui du pervers narcissique?

Nous sommes comme dans une pièce de théâtre où chacun a son rôle à jouer. Pour que l’un puisse apprendre de l’expérience de victime, il faut que l’autre endosse le rôle de bourreau. Et inversement.

Les rôles se déterminent la plupart du temps dès la naissance, voir même avant, et seront renforcés, ou pas, dans l’enfance et l’adolescence. Après, les événements de la vie vont encore accentuer les mécanismes si rien ne vient s’y opposer.

Victime et bourreau se trouvent donc bien piégés dans un jeu de rôle particulièrement douloureux où chacun a sa place. Cela ressemble à une partie de ping-pong qui se jouerait avec une grenade dégoupillée.

La façon dont la proie de répondre à son bourreau a un impact sur ce que lui-même va ressentir. Il répond donc à l’échange en tenant compte des réactions émotionnelles engendrées par ce qui vient de lui être envoyé. A son tour, celle-ci répond en intégrant l’impact émotionnel de l’échange précédent, et ainsi de suite. Ce peut être sans fin ou jusqu’à ce que mort s’en suive.

Pour que cette escalade cesse, il faut que l’un ou l’autre des « joueurs » pose les raquettes et déclare la partie finie.

Malheureusement, ce n’est pas aussi simple dans les relations humaines ou l’égo, la souffrance, les répercussions de l’enjeu brouillent les issues.

La victime d’un pervers narcissique sait fort bien comment l’adversaire fonctionne. Elle le sait d’autant mieux qu’elle est capable de s’adapter aux contraintes les plus douloureuses. Elle sait comment éviter les crises violentes. Elle apprend à « marcher sur des œufs » pour maintenir l’illusion d’un couple, ou d’une collaboration qui fonctionne bien.

C’est pour cela que l’on peut observer des couples durer de nombreuses années sans que la proie, pourtant piégée, ne manifeste une réelle volonté de changement et protège même farouchement l’image parfaite. Elle sait, instinctivement, dans ses tripes, que se rebeller, dépasser cette ligne, provoquera un point de non-retour qui l’effraie à juste titre.

La victime continue donc encore et encore de jouer un rôle afin de préserver son illusion, celle qu’elle veut aussi offrir aux proches, quitte à en crever de l’intérieur.

Il faut la plupart du temps un évènement extérieur, comme pour Lisa récemment, dont le fils Valentin, 15 ans, m’a appelé en total désespoir, pour que j’aide sa mère à quitter l’homme qui partageait sa vie depuis quelques années. Sous la pression de Valentin, Lisa m’a appelée, et le travail a pu commencer. Elle s’appuie sur son instinct maternel et sur l’exemple qu’elle veut donner à ses enfants pour agir, enfin. Mais c’est dur, très dur. Elle est déjà revenue plusieurs fois, jusqu’au moment où ce sera la bonne. Espérons juste qu’il ne soit pas trop tard.

Parfois aussi c’est une crise de rage narcissique de la part du manipulateur pervers qui, pas son agissement délirant, crée une onde de choc chez la victime qui va pouvoir enfin réagir en appelant au secours les bonnes personnes.

Comprendre sa part de responsabilité dans la dynamique relationnelle en jeu est dont l’une des clés principales qui permet de la fuir et de ne plus s’y laisser prendre tout en allant vers une vie saine et stimulante, bien plus riche qu’avant.

Ayons l’humilité de regarder en face nos faiblesses, ce qui nous différenciera à coup sûr du pervers narcissique et de son idéal de lui-même.

 

[1] « MPN », abréviation coutumière de manipulateur pervers narcissique


Geneviève SCHMIT -2019
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Genevieve Schmit

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